Portrait

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 « Je suis né dans une famille de musiciens. Quand j’étais enfant, à Thiviers (Dordogne), je regardais travailler avec émerveillement l’accordeur de piano qui venait chez mes parents et dans le voisinage. Il me disait: Quand tu sauras travailler le bois aussi bien que moi, je te prendrai comme apprenti » se souvient Jean-Pierre KERRINCKX.

Il passe donc un brevet de technicien en ébénisterie à Biarritz, et rentre comme apprenti chez un facteur de Bordeaux avec lequel il restera plusieurs années: « Il me logeait mais je n’étais pas rémunéré. On travaillait dans un atelier obscur, éclairé par une petite lampe. Le service militaire achevé, il s’installe à son compte avec son premier atelier dans un ancien garage de Thiviers en 1982, année depuis laquelle il restaure, et accorde les pianos dans la plus pure tradition des artisans d’art. C’est ensuite qu’il crée « L’ Atelier du Piano » , d’abord à Trélissac (en Dordogne), puis depuis quelques années à Périgueux, le chef-lieu du département.

Un artisan passionné

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 Maniant les clés et ses divers outils, son métier est pour lui une véritable passion : « C’est un métier vraiment artisanal. Il faut du temps, de la patience, et de la minutie. Je ne compte pas mes heures. Pour les vieux pianos, je fais du sur-mesure. Je les reprends note-à-note » explique Jean-Pierre. Ils arrivent souvent en bien mauvais état à l’atelier. « Ce sont des pianos de famille dont on n’a pas joué depuis des années, et qu’on me demande de restaurer pour les petits-enfants« . En général, tout est à resuivre: cadres, chevilles, cordes, feutres… Si les touches du clavier sont en ivoire, on les conserve, dans la mesure du possible. Les bois extérieurs sont poncés, cirés: « Il m’arrive parfois de faire plusieurs essais de couleur. Je suis perfectionniste« .

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Un piano, c’est un ensemble complexe et fragile. Il est donc important, pour qu’un piano vieillisse bien, de prendre quelques précautions indispensables afin d’ éviter des problèmes au niveau des mécanismes, que le bois ne se déforme, qu’il ne se désaccorde pas (« chose qu’on néglige de plus en plus » déplore notre homme, « même si l’on joue peu« ), etc…

Entretenir son piano, c’est un peu comme entretenir sa voiture: « On retirera beaucoup plus de plaisir à jouer d’un piano suffisamment entretenu, et si un jour, on veut s’en défaire, on trouvera à le vendre dans de meilleures conditions, sans perte de capital« . Une logique imparable.

 Il faut compter au minimum 1 300 Euros pour se procurer un piano d’étude d’occasion. Il ne faut pas hésiter à faire faire une expertise pour tout achat, chose que fait Jean-Pierre: on n’est pas à l’abri des mauvaises surprises !

Une âme

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Ne vous y trompez pas, un piano ancien n’aura pas la sonorité d’un instrument neuf, les conditions de fabrication ont évolué, « Mais pour son propriétaire, il garde une valeur sentimentale ». Il ne faut pas voir non plus que le côté technique d’un piano. « Chaque piano a sa propre âme. Deux pianos de la même marque, construits de manière identique, ne sonnent pas de la même façon. De nombreux éléments rentrent en jeu: l’ébénisterie, la résonance de la table d’ harmonie… » nous explique Jean-Pierre, qui a eu le plaisir de jouer sur de grands instruments: Gaveau, Pleyel… Il a aussi accordé pas mal de pianos de concert: « On arrive en début d’ après-midi, on accorde une première fois pour la répétition, puis à nouveau avant le concert. Et on reste toute la soirée. J’ai travaillé pour France Clidat, Catherine Collard, Miguel-Angel Estrella… Quelques artistes de variété également, comme Gérard Lenorman, Gilbert Bécaud…« 

D’après les articles de Chantal GIBERT parus dans Sud-Ouest les 23.12.1996 et 22.08.2000

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